Un nouvel acteur européen pour la protection des océans : Mercator Ocean devient une organisation intergouvernementale
La modélisation océanique européenne franchit une étape décisive. Les 22 et 23 avril 2025, une conférence internationale organisée à Paris par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le ministère de la Transition écologique a acté la transformation de Mercator Ocean International en organisation intergouvernementale (OIG). Ce changement vise à renforcer les capacités scientifiques et stratégiques en matière de prévision océanique et de protection du milieu marin, à l’heure où les enjeux climatiques liés aux océans sont de plus en plus critiques.
Mercator Ocean : trente ans d’expertise en modélisation océanique
Fondé en 1995 par de grands instituts français tels que Météo-France, l’Ifremer et le CNES, Mercator Ocean est rapidement devenu une référence en Europe pour la modélisation et la prévision de l’état des océans.
Aujourd’hui, Mercator Ocean :
- Fournit des données océaniques pour le service Copernicus Marine de l’Union européenne ;
- Publie des bulletins réguliers sur l’état des mers et océans mondiaux ;
- Travaille avec plus de 150 institutions partenaires, dont l’Agence spatiale européenne (ESA) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM).
Selon l’UNESCO, environ 90 % de la chaleur excédentaire générée par les émissions de gaz à effet de serre est absorbée par l’océan. Les capacités de modélisation et de prévision sont donc devenues essentielles pour anticiper les phénomènes climatiques extrêmes (cyclones, élévation du niveau de la mer, acidification).
Création du Mercator International Centre for the Ocean (MICO)
La conférence d’avril 2025 a rassemblé neuf pays européens — Belgique, Espagne, France, Grèce, Italie, Malte, Norvège, Pays-Bas et Portugal — pour adopter le texte fondateur du Mercator International Centre for the Ocean (MICO).
Les missions principales de MICO seront :
- Fournir des analyses scientifiques indépendantes aux gouvernements ;
- Développer des services numériques innovants pour les secteurs économiques liés à la mer (énergies marines, transport maritime, pêche) ;
- Sensibiliser le grand public à l’importance de la santé océanique ;
- Améliorer la prévention des risques climatiques liés à l’évolution de l’océan.
Tableau : Objectifs de Mercator International Centre for the Ocean (MICO)
| Objectif | Détail |
|---|---|
| Conseil aux gouvernements | Appui scientifique pour les politiques océaniques |
| Innovation | Développement de services numériques liés à l’océan |
| Sensibilisation | Éducation du public aux enjeux marins |
| Prévention climatique | Surveillance et prévision des risques océaniques |
La convention constitutive de MICO sera officiellement ouverte à la signature lors de la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC 3), qui se déroulera à Nice du 9 au 13 juin 2025.
Toulouse, futur siège d’une organisation océanique d’envergure
Le choix d’installer le siège de MICO à Toulouse s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement de la place de la ville dans le secteur spatial et de l’observation de la Terre.
Toulouse accueille déjà :
- Le CNES (Centre National d’Études Spatiales) ;
- Plusieurs centres de recherche de l’ESA ;
- Le pôle Aerospace Valley, l’un des principaux clusters européens en aéronautique et spatial.
La ville est donc particulièrement bien positionnée pour favoriser les synergies entre observation satellitaire et modélisation océanique, domaines étroitement liés aux prévisions climatiques.
Un contexte international favorable à la gouvernance de l’océan
La création de MICO intervient dans un contexte d’attention accrue portée aux océans au niveau international :
- L’accord BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction), adopté en 2023 sous l’égide de l’ONU, vise à protéger la biodiversité en haute mer ;
- La Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable (2021-2030) mobilise scientifiques, États et société civile autour de la connaissance et de la protection des océans.
Selon la Commission européenne, l’économie bleue européenne représentait près de 4,5 millions d’emplois en 2023, soulignant l’importance stratégique de l’océan non seulement pour l’environnement, mais aussi pour l’économie.
