Depuis 2016, les côtes du golfe de Gascogne subissent chaque hiver des échouages massifs de dauphins communs, principalement victimes de captures accidentelles dans les engins de pêche. Pour y remédier, la France a mis en place, sous contrainte du Conseil d’État et de la Commission européenne, une fermeture temporaire de la pêche pour les navires utilisant des engins à risque. En 2025, cette mesure a de nouveau été appliquée du 22 janvier au 20 février. Le bilan confirme une baisse significative des mortalités, mais soulève des questions sur son coût économique et sa pérennité.
À retenir
- Baisse des captures accidentelles : -60 % de dauphins morts par rapport à la moyenne des hivers précédents (1 900 morts en 2024-2025 contre 4 700 en moyenne entre 2017 et 2023).
- Impact économique : perte estimée à 35 millions d’euros pour la filière, avec 274 navires et 40 entreprises de mareyage indemnisés à hauteur de 20 millions d’euros.
- Solutions alternatives : tests en cours de dispositifs d’effarouchement (pingers, balises, caméras embarquées) sur 110 fileyeurs et 27 navires.
- Perspective : la fermeture n’est pas une solution durable ; l’objectif est une réouverture de la pêche dès 2027, sous réserve de l’efficacité des dispositifs testés.
1. Un bilan environnemental encourageant, mais à nuancer
Une mesure efficace, mais partielle
- Réduction des mortalités : Selon l’Observatoire Pelagis, la fermeture a permis de diviser par deux le nombre de dauphins morts par capture accidentelle sur la période hivernale. Entre décembre 2024 et mars 2025, 1 900 dauphins communs ont péri dans les engins de pêche, contre une moyenne de 4 700 par an entre 2017 et 2023.
- Retour aux niveaux d’avant 2016 : Les mortalités sont revenues à des niveaux comparables à ceux observés avant la crise, mais restent supérieures aux seuils recommandés pour la conservation de l’espèce.
- Limites de la mesure : Seuls les navires de plus de 8 mètres utilisant des engins à risque (filets maillants, chaluts pélagiques, sennes) étaient concernés. Les scientifiques soulignent que d’autres facteurs (distribution des proies, conditions océanographiques) peuvent aussi influencer ces chiffres.
Des dispositifs d’effarouchement en test
Pour éviter une fermeture définitive, le gouvernement et les professionnels testent plusieurs technologies :
- Pingers : 110 fileyeurs équipés de dispositifs acoustiques pour éloigner les cétacés.
- Balises sur filets : 27 navires testent des balises pour rendre les engins plus visibles.
- Caméras embarquées : une centaine de navires en sont équipés pour mieux documenter les interactions avec les dauphins.
Dispositifs d’effarouchement testés dans le golfe de Gascogne (2025)
| Dispositif | Nombre de navires | Objectif principal |
|---|---|---|
| Pingers | 110 | Effarouchement acoustique |
| Balises sur filets | 27 | Visibilité accrue des engins |
| Caméras embarquées | 100 | Surveillance et collecte de données |
2. Un coût économique lourd pour la filière
Pertes et indemnisations
- Chiffre d’affaires en berne : La fermeture a coûté environ 35 millions d’euros à la filière, avec 4 320 tonnes de poissons non pêchées.
- Indemnisations : 274 navires et 40 entreprises de mareyage ont reçu 20 millions d’euros d’aides, couvrant jusqu’à 75 % de leurs pertes d’exploitation.
- Mareyeurs et criées : Les entreprises de transformation et de vente ont aussi été touchées, avec des aides spécifiques mais jugées insuffisantes par certains professionnels.
Réactions des professionnels
- Stigmatisation : Les pêcheurs dénoncent une image négative de leur activité, malgré leurs efforts pour s’adapter.
- Incertitude pour 2026 : La mesure sera reconduite, mais les professionnels espèrent une levée définitive dès 2027 si les dispositifs d’effarouchement prouvent leur efficacité.
3. Quelles perspectives pour 2026 et au-delà ?
Vers une réouverture conditionnelle
- Objectif 2027 : Le gouvernement vise une réouverture de la pêche, à condition que les dispositifs testés réduisent durablement les captures accidentelles.
- Collecte de données renforcée : Les scientifiques insistent sur la nécessité de mieux comprendre les interactions entre dauphins et engins de pêche, notamment via les caméras embarquées et les balises.
Enjeux européens
- Pression de Bruxelles : La Commission européenne surveille de près l’efficacité des mesures françaises, sous peine de sanctions.
- Coopération internationale : La France plaide pour une approche coordonnée avec les autres pays de l’UE et les pays tiers pêchant dans le golfe.
Conclusion La fermeture hivernale de la pêche dans le golfe de Gascogne a porté ses fruits sur le plan environnemental, mais son coût social et économique interroge. Les prochains mois seront décisifs pour valider l’efficacité des dispositifs d’effarouchement et permettre une cohabitation durable entre pêcheurs et cétacés. En attendant, la filière reste sous tension, entre impératifs écologiques et survie économique.